Les personnalités

Professeurs

Les professeurs de Bernard Cottret au Conservatoire de Paris :

  • Fernand Francell – 2ème créateur de Pelleas
  • Hector Dufranne – créateur de Golaud
  • Paul Cabanel – Mise en scène d’opera
  • Jacques Chailley – Choeur d’ensemble
  • Norbert Dufourcq – Histoire de la musique
  • Marcel Beaufils – Musique allemande
  • Roland Manuel – Musique méditerranénne
  • Charles Panzera – Mélodie française
  • Nadia Boulanger – Duos de Monteverdi, ensemble Madrigal

Témoignages

Témoignages de Bernard Cottret présentés par Vincent Vivès à l’Association Française des Professeurs de Chant, le 20 mai 1995.

  • Une conception d’Igor Stravinsky

    Lorsque le grand Nicolas Nabokov me fit venir chez lui pour me montrer son « Symboli Christiani », il ouvrit la partition d’Œdipus Rex d’Igor Stravinsky.

    Il y a trois clés de fa, Bernard. Si une vous convient, vous chanterez Œdipus, car Igor après la guerre va venir diriger son ouvrage au Théatre des Champs Élysées. Voulez-vous chanter sous sa direction ?

    Je choisissais vite le rôle de Créon et je faisais la connaissance d’Igor l’année après par le Festival du XXème siècle. Je m’attendais à un grand cerveau, une sorte d’ordinateur très sec et je voyais un petit homme farfelu, espiègle et très sympathique. Il était entouré d’un nombre considérable de gens très différents. Il me dit que c’était sa nombreuse famille. Il tape dans ses mains en criant « Rauss! Rauss! » et nous nous trouvons entre artistes avec Rosbaud au piano.

    Monsieur Cottret, commençons par être simple. Lorsque vous chantez une mélodie ou que vous incarnez un personnage, il faut résumer par une phrase. Si je chante une mélodie française je pense « J’aime, j’aime ou je fais semblant d’aimer » (Poème d’un jour, G. Fauré). Si vous chantez l’air de Créon, vous pensez « Je flatte, je flatte et je frappe ! ».

    En effet, grâce à son système j’incarnais tout de suite son personnage. Mais Igor eut une surprise en écoutant l’orchestre. Il se frappe la poitrine et me dit :

    C’est ma faute, c’est ma très grande faute. Je me suis trompé dans l’orchestration et je m’en aperçois d’autant plus que j’entends la musique se propager dans l’espace. Messieurs, dit–il, allez boire un verre et j’arrange votre partition.

    L’orchestre disparait vingt minutes et Igor modifie la partition de chaque pupitre. C’est vrai que dans la deuxième version l’orchestre était devenu transparent. Au fond, il avait la même conception que Maurice Ohana : il ne suffit pas d’imaginer une œuvre, il faut la retoucher à l’audition. Devant moi, ce grand homme reconnaissait s’être trompé. Quelle leçon !

  • Henri Duparc au Pays des Vaches Landaises (vers 1927)

    Mont–de–Marsan est un gros marché des Landes établi au confluent de la Douze et du Midoux. La Madeleine est une petite église de style jésuite dont l’entrée est rue Victor Hugo. D’un côté habite un pianiste qui a épousé secrètement une dame à particule : Cécile. Cette dernière, douée d’une voix puissante, chante des mélodies contemporaines. De l’autre côté vient d’arriver un grand et vieux monsieur de plus en plus malade : Henri Duparc. Il est connu surtout à Paris et Cécile veut le faire connaître à Mont–de–Marsan, mais il reste sourd à sa voix. N’y a–t–il pas en effet à Paris un couple de musiciens extraordinaires, Ch. et M. Panzera, qui l’interprète de manière magistrale et dont je deviendrai plus tard l’élève.

    Mon père, de retour du front de la guerre de 14, s’installe en tant que chirurgien dentiste. Il est doué d’une voix de baryton, chante dans les salons des chansons de Frackson en s’accompagnant au piano sans connaître la musique.

    H. Duparc devient un client assidu et lui dit souvent « Je vais composer pour vous une mélodie » et mon père pense « Pourvu qu’il ne le fasse pas ». Mon père aime bien la « chanson triste » mais le reste est si difficile !

    À la mort d’Henri Duparc, pour remercier Roger Cottret d’avoir soigné son mari avec tant de dévouement, Madame Duparc offre à mon père la dernière lettre qu’ait écrit le compositeur sans la poster. En effet, il n’était pas content de son écriture : la direction descend vers le bas, signe de sa maladie cérébrale, il y a des inversions de consonnes dans les mots. Pourtant cette lettre contient un message émouvant que voici :

    Cher monsieur, quoiqu’il me soit devenu à peu près impossible d’écrire, je tiens à vous remercier de votre aimable lettre qui m’a fait le plus grand plaisir. Seulement vous faites beaucoup trop d’éloges de mes mélodies; leur mérite à mes yeux est de n’être pas uniquement cérébrales, de venir du cœur et de s’adresser au cœur… Vous les aimez, c’est tout ce que je désire et j’en suis infiniment touché.

    Moi–même j’ai vu H. Duparc, le temps d’une messe !..

    J’étais devenu un enfant très pieux, ma grand–mère m’offrait trois choux à la crème à la sortie de l’église. Un jeudi matin à la Madeleine, je m’installe avec grand–mère à l’autel de la Vièrge. Arrive un inconnu, très grand, précédé de sa femme. Il se glisse au premier rang mais il ne voit pas une femme maigre qui était assise et manque de s’asseoir sur elle. Branle–bas, confusion ! Évidemment que je m’esclaffe, trouvant cela irrésistible ! Peu après les choux à la crème, ma grand–mère me demande : « Sais–tu qui est ce monsieur qui a failli tomber ? – Oui mémé répondis–je, c’est un grand clown rigolo ! » Ce fut mon premier jugement sur H. Duparc; c’était assez curieux pour un futur chanteur de l’ORTF. Heureusement que j’ai évolué, et vingt–cinq ans après, je chantais avec admiration son recueil entier…